
Ne relâchez pas votre vigilance !

Notidoc pénal

Le marché de l’art se caractérise, entre autres singularités, par un important besoin de confiance. L’authenticité, la provenance, l’état de conservation sont au cœur des préoccupations des acheteurs. Les intermédiaires de confiance que sont les maisons de vente, les antiquaires ou les galeries effectuent un énorme travail pour apporter ces garanties. Cependant, les dernières technologies permettent-elles d’aller plus loin ?
Qu’est-ce qu’un passeport digital, aussi nommé « double numérique » ou « jumeau numérique » ?
L’émergence récente de la blockchain et des jetons numériques non fongibles (NFT : Non Fugible Token) permet cette avancée au profit des amateurs et des collectionneurs.
Pensez à un coffre-fort digital. Il s'agit d'un fichier numérique unique (NFT) indissociable de l'objet physique regroupant toutes les informations pertinentes sur celui-ci. Toutes les données, qu'il s'agisse de photos, de la description détaillée, du bordereau d'adjudication ou encore de toutes sortes d'éléments utiles comme des expertises ou des rapports de conditions, sont soigneusement conservées, horodatées et tracées.
Le passeport digital est une clé nouvelle pour l'authenticité. Grâce à une technologie de prise d’empreintes numériques ou physiques, il offre une preuve tangible de la concordance entre l'objet physique et sa représentation digitale.
Mais comment cela fonctionne-t-il concrètement ?
Legide, la blockchain sécurisée et pérenne des commissaires de justice de Paris, permet de conserver les informations numériques, et Unikbase, seul opérateur à ce jour, s’occupe de la création du passeport et de l’empreinte numérique.
Deux solutions coexistent aujourd’hui :
- La première consiste à prendre une ou plusieurs photographies de l’objet (tableau, sculpture, etc.) et à intégrer celles-ci dans le passeport. En cas de doute sur la concordance entre le passeport et l’objet, il suffit de prendre des photographies et l’application, en utilisant l’intelligence artificielle (IA), se charge d’établir la concordance. Les tests effectués sur tout type d’objet montrent une très grande fiabilité.
- La seconde, pour les œuvres de plus grande importance, est le marquage physique à l’aide d’une encre de haute technologie invisible appliquée sur l’objet à plusieurs endroits indiqués dans le passeport. En cas de doute, un échantillon de l’encre peut être prélevé sur le tableau ou sur la sculpture puis analysé pour garantir la concordance.
Imaginez la vente d’un tableau de Nicolas Poussin en France. Celui-ci est marqué avec l’encre, le transitaire le fait transporter aux USA et, là-bas, l’acheteur souhaite être sûr à 100 % que l’œuvre correspond à celle partie de Paris. Avec le passeport contenant un échantillon de l’encre, ainsi que sa formule, l’acheteur est assuré d’avoir le bon tableau.
Ce passeport n'est pas statique : il est dynamique et pérenne, à l’image d’un carnet d’entretien qui s'étoffe au fil du temps avec de nouvelles informations, qu'il s'agisse de transactions, de photos supplémentaires, de réparations effectuées, etc.
De la même manière que les ventes aux enchères ont évolué pour s'adapter à l'ère numérique, devenant ainsi une évidence pour tous, nous pouvons envisager que les passeports digitaux se répandront progressivement pour simplifier et sécuriser les transactions d'objets de valeur. Cependant, seule la volonté collective des intermédiaires pourra permettre le développement de ces technologies.
Vincent PESTEL DEBORD
Commissaire de justice, près la cour d’appel de PARIS

