
Entretien avec Denis Boyer (cybermalveillance.gouv.fr) à l’occasion du Cybermois 2025

L’Union européenne face à l’IA : vers une régulation inédite

Lancé en novembre 2022, le projet européen VR-DIGIJUST a pour ambition de moderniser et d’harmoniser la formation des professionnels de la justice grâce aux technologies de réalité virtuelle. Destiné aux procureurs, juges, avocats et commissaires de justice, il vise à renforcer la coopération judiciaire transfrontalière, notamment dans le traitement d’enquêtes complexes nécessitant l’usage d’outils numériques et de preuves électroniques.
Au-delà de la modernisation pédagogique, VR-DIGIJUST s’inscrit dans la volonté de réduire les disparités entre les États membres et de favoriser une application cohérente des instruments européens de coopération judiciaire, tels que la directive sur le mandat d’enquête européen ou le règlement relatif aux décisions de gel et de confiscation.
Des environnements immersifs pour l’apprentissage
Depuis plusieurs mois, la CNCJ participe activement à ce projet. Des outils pédagogiques exploitant les possibilités offertes par la réalité virtuelle sont testés, permettant aux praticiens de se former dans des environnements immersifs. Ces simulations reproduisent, par exemple, des audiences, des procès ou des scènes d’enquête criminelle, offrant une expérience proche de la réalité.
Un premier prototype a été expérimenté et a donné lieu à des retours d’expérience précieux. En juillet 2024, un nouveau module a enrichi la plateforme avec plusieurs innovations :
- Une navigation facilitée dans la cité judiciaire virtuelle.
- L’introduction d’un avatar intelligent pour guider les utilisateurs.
- L’accès à une base de données juridique regroupant lois, décrets, jurisprudence et jugements.
Ces avatars, alimentés par l’intelligence artificielle, fournissent un accompagnement interactif et adapté aux besoins des utilisateurs.
Vers une académie virtuelle européenne
Le projet prévoit également la création d’une académie virtuelle, accessible via ordinateur et mobile, intégrant des salles de classe virtuelles où formateurs et participants échangent autour de thèmes majeurs tels que :
- Le mandat d’arrêt européen.
- La décision d’enquête européenne.
- Les preuves numériques.
- La cybersécurité et l’analyse numérique.
- La justice réparatrice.
- Le parquet européen.
- Les mesures alternatives.
La bibliothèque de l’académie rassemblera législations, jurisprudences, articles, rapports, présentations et vidéos. Les formateurs disposeront d’un SharePoint dédié pour centraliser et partager leurs documents.
Expérimentations et formations
Le 22 janvier 2025, lors du troisième comité de pilotage organisé à la CNCJ, les participants ont pu tester directement la plateforme et identifier de nouveaux axes d’amélioration. Cette phase a marqué une étape importante avant la généralisation progressive du dispositif.
Parallèlement, trois sessions de formation des formateurs ont été organisées. Elles visaient à familiariser les encadrants avec les outils immersifs, mais aussi à les sensibiliser aux enjeux de l’intelligence artificielle dans le domaine judiciaire : gestion des procédures volumineuses, assistance à la rédaction de décisions, veille juridique et recherche documentaire.
Protection des données et prochaines étapes
La mise en œuvre du projet s’accompagne d’une vigilance particulière sur la protection des données : respect du RGPD, confidentialité des utilisateurs, prévention des violations et prise en compte stricte des droits d’auteur.
Alors que le projet est désormais à mi-parcours, la prochaine phase portera sur l’extension des formations et le perfectionnement des modules. L’ambition reste inchangée : faire de la réalité virtuelle et de l’intelligence artificielle des leviers concrets au service de la justice européenne.

