
Intelligence artificielle

Signification électronique

La réalité virtuelle et l’intelligence artificielle vont-elles révolutionner le Web ? Peuvent-elles bouleverser les pratiques des commissaires de justice ?
La réalité virtuelle (VR) et l'intelligence artificielle (IA) vont faire évoluer le Web d'une expérience en 2D où nous lisons, écrivons, partageons de l'information, souvent de façon asynchrone, à une expérience en 3D où nous nous déplaçons et interagissons en temps réel.
Cette évolution du Web concerne particulièrement trois grands domaines :
- l'émergence de technologies propulsant le Web de sa forme 2D à une expérience 3D ;
- la rencontre entre l'intelligence artificielle et la réalité virtuelle, et les effets d'accélération qu’elles permettent d’anticiper ;
- la compréhension des outils et leurs usages actuels ou imaginables selon nos connaissances.
Des technologies qui se développent et avec lesquelles tout (ou presque) sera possible !
Quand on parle d'intelligence artificielle et de réalité virtuelle, on parle de technologies relativement éloignées l'une de l'autre. Pourtant, elles partagent un socle commun de technologies support ou sous-jacentes :
- Les infrastructures de Cloud Computing dont la puissance est nécessaire au fonctionnement de ces technologies dans le Web
- Les techniques de rendu graphique pour créer des mondes virtuels immersifs et pour visualiser certaines simulations d’IA en temps réel
- La 5G, la fibre optique et les autres technologies permettant d'accélérer les réseaux et donc d'accélérer les transmissions via Internet pour véhiculer toutes les données de l’IA et de la réalité virtuelle
- Le traitement du langage naturel, essentiel pour la communication entre les utilisateurs dans le métavers, quel que soit leur pays d'origine et aussi pour de nombreuses applications d'intelligence artificielle
À partir de ces technologies, on peut identifier les freins qui se résoudront progressivement comme la scalabilité ou comment réunir de grande quantité d'utilisateurs en simultané. À ce jour, on parle de quelques dizaines d’avatars simultanés à quelques milliers à peine pour les plateformes les plus performantes.
Un Web immersif suppose que l'interopérabilité existe entre les environnements virtuels sur le Web. Or, aujourd'hui, on manque d’une norme commune pour pouvoir se “téléporter” facilement d’un monde virtuel à l’autre. D'autres paramètres sont à prendre en considération comme le coût énergétique de ces grandes infrastructures nécessaires pour soutenir à la fois l’IA et le métavers et l’impact environnemental qui en découle. Tout comme la question de la sécurité et de la confidentialité des données, thèmes particulièrement sensibles quand on parle de justice, resterons-nous sur le même modèle que celui des médias sociaux ou bien profiterons-nous de cette mutation pour changer le mode de fonctionnement du Web et redonner du pouvoir - et de la valeur - à l'utilisateur ?
L'avènement du Web expérientiel ?
La rencontre entre le métavers et l'intelligence artificielle peut avoir des effets considérables sur l’expérience que nous vivrons en nous connectant au Web de demain. Grâce à l’IA, les avatars et les environnements vont pouvoir réagir de manière plus réaliste aux actions des utilisateurs et cela conduira à une expérience plus immersive et convaincante. Les émotions et le langage corporel faciliteront, par exemple, la médiation.
L’IA pourra bientôt permettre aux environnements virtuels de changer et d'évoluer en fonction des envies et des interactions des utilisateurs, rendant ainsi le monde virtuel plus dynamique et adaptable aux circonstances, aux humeurs, notamment pour améliorer la performance des formations.
Il est évident que la création de contenu assistée par l'intelligence artificielle va permettre de générer plus de richesse et de variété, mais aussi d'augmenter le dynamisme des mondes virtuels pour faciliter le recrutement en expliquant les métiers, gamifiant les formations, réinventant les ventes aux enchères…
À l'instar des chatbots qui fleurissent sur les sites Web, il est fort à parier que des agents intelligents, eux aussi dotés d'intelligence artificielle, vont fleurir dans le monde virtuel pour remplir telle ou telle fonction, peupler le métavers et offrir de nouvelles interactions. Ces agents vont colossalement simplifier la vie des études en facilitant l’explication des actes aux justiciables, en délivrant les premiers niveaux d’informations, etc.
L’IA va pouvoir intégrer instantanément des informations du monde réel comme la météo ou des données économiques, et créer ainsi une sorte de passerelle entre le monde tangible et le monde virtuel.

Va-t-on aller vers une convergence des usages dans ce nouveau Web ?
Les enjeux de sémantique sont toujours importants pour bien comprendre de quoi on parle. Chaque terme a un sens et une histoire et nous allons essayer d'en faire une synthèse la plus authentique possible.
Nous pouvons commencer par le terme « métavers », dont l’avènement récent (et peut-être sa fin) est né de la très médiatique transformation du groupe Facebook en Méta et des milliards de dollars investis dans son marketing. Le métavers proposé par les groupes comme Facebook vise à la création de l'Oasis de Ernest Cline dans Ready Player One, un métavers hégémonique qui asservit les utilisateurs aux intérêts d'un seul.
Poursuivons par les « mondes virtuels » : beaucoup d’entre nous les nomment métavers avec un “m” minuscule. Ce sont des environnements virtuels 3D en temps réel où l'on incarne un avatar. Il existe aujourd'hui plus de deux cents éditeurs de ces mondes virtuels qui, pour préserver la diversité, resteront les plus nombreux possibles au moment de l'interopérabilité et de l'avènement du Métavers dans le Web. Ces mondes virtuels ne sont pas à proprement parler des “mondes” mais plutôt des environnements plus ou moins grands, plus ou moins évolutifs, plus ou moins interactifs. Ce sont des lieux virtuels rassemblant des gens distants. Leur bon usage est aussi une contribution positive pour le climat en participant à la diminution des déplacements et la réduction des m2 de bureaux nécessaires.
On parle également de jumeaux numériques où se rassemblent plusieurs concepts : le jumeau numérique d'une œuvre d'art, d’une sculpture, d'une personne, d’une usine, d’un bâtiment. Bref, se cache derrière ce concept de jumeau numérique une notion de l'hyperréalisme. C'est le jumeau numérique de l'objet réel, et son esthétique, ses interactions vont être les plus proches possibles de la réalité. C'est aussi le champ où, appliqué au secteur industriel, l’Internet des objets (IoT) va apporter de la valeur pour faire en sorte que l'usine virtuelle fonctionne comme l'usine réelle, que nous pourrons monitorer, détecter et anticiper les pannes, la présenter à des clients et à des prospects.
On peut aussi parler de réalité virtuelle collaborative. C’est ainsi que se conçoivent les voitures, les avions, les bateaux depuis des années. La VR, au départ conçue pour faciliter le prototypage et faire des simulations moins coûteuses, permet depuis déjà de nombreuses années de concevoir de manière collaborative entre les ingénieurs, les designers, et les industriels. Distants les uns des autres, ils peuvent se réunir autour d'un même modèle en 3D via un masque de réalité virtuelle ou un « cave », une salle où des vidéoprojecteurs transforment les murs en interface immersive géante.
Il est très probable que tout cela converge progressivement vers une évolution drastique du Web actuel. Interconnectées grâce à Internet et aux différents réseaux, ces « technologies immersives et sociales », couplées à l’intelligence artificielle, vont non seulement transformer notre pratique du Web, mais aussi probablement transformer la dialectique des réalités réelle et virtuelle. Trop souvent perçues comme opposées, elles se complètent, s’augmentent, et s’interpénètrent dans une comodalité des usages.
C’est pour anticiper, accompagner et préparer cette évolution que le bureau de la Chambre nationale des commissaires de justice a décidé d’explorer les usages d’un monde virtuel dédié à la profession. Il s’agit d’un projet audacieux d’identification des usages les plus pertinents parmi les métiers de la CNCJ et ceux des Études. De la présentation des métiers, au recrutement, de l’explication des actes à la médiation, de la formation continue à une action d’acculturation de tous les personnels, de la vente à l’exécution d’un acte, le champ des améliorations possibles est important et se doit d’être investigué.
Par Laurent Chrétien
Fondateur et président-directeur général
KOMODAL

