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Bull fait partie des grands noms de l’histoire industrielle française. Depuis près d’un siècle, l’entreprise accompagne les grandes transformations de l’informatique depuis les premières machines à cartes perforées dans les années 1920, destinées au traitement automatisé des données administratives et comptables, jusqu’aux supercalculateurs modernes. Son parcours résume aussi les difficultés de l’Europe à conserver une industrie informatique capable de rivaliser avec les géants américains.
Tout débute dans les années 1920 avec l’ingénieur norvégien Fredrik Rosing Bull. Ce dernier met au point des machines capables de traiter automatiquement de grandes quantités de données grâce aux cartes perforées. À une époque où tout est encore réalisé à la main, ces équipements permettent d’automatiser des opérations comptables, statistiques ou administratives. Mais l’ingénieur meurt prématurément, et ses brevets sont exploités par la société H.W. Egli-Bull, créée en France en 1931, avant la naissance de la Compagnie des Machines Bull en 1933.
La compagnie s’impose rapidement comme l’un des principaux fabricants européens de machines de traitement de données. Elle équipe des administrations, des banques, des compagnies d’assurance ou encore de grandes entreprises françaises. Une période durant laquelle elle représente surtout une alternative européenne à IBM, déjà dominant sur le marché mondial.
Après la Seconde Guerre mondiale, l’informatique change de dimension avec l’arrivée des premiers ordinateurs électroniques. Bull suit cette évolution et participe à l’informatisation progressive des grandes organisations françaises. L’entreprise développe alors des ordinateurs professionnels capables de gérer des volumes de données toujours plus importants et des machines devenues historiques : la tabulatrice T30, première machine sortie des ateliers de la société, puis le Gamma 3 au début des années 1950 et le Gamma 60, présenté comme un ordinateur multiprocesseur et multitâche.
Mais dans les années 1960 et 1970, la concurrence devient extrêmement forte. Les coûts de recherche explosent et les groupes américains disposent de moyens considérables. Bull traverse plusieurs crises et change plusieurs fois d’actionnaire, passant de General Electric à Honeywell. L’État français intervient régulièrement pour éviter la disparition d’un acteur jugé stratégique. Cette période correspond aussi au « plan Calcul », lancé en 1966 sous la présidence du général de Gaulle (lire notre article précédent), une politique industrielle destinée à créer une filière informatique nationale capable de limiter la dépendance technologique envers les États-Unis.
Bull devient ainsi un acteur important de l’informatique professionnelle française. Ses systèmes équipent des administrations, des banques, des entreprises industrielles ou certains secteurs sensibles. L’entreprise contribue également au développement des grands centres de calcul français. C’est d’ailleurs l’ingénieur Philippe Dreyfus, ancien directeur du Centre national de calcul électronique de Bull, qui contribue à populariser en 1962 le mot « informatique », un terme adopté en 1967 par l’Académie française.
En 1978, CII-Honeywell-Bull prend le contrôle de R2E, l’entreprise à l’origine du Micral, souvent présenté comme le premier micro-ordinateur à microprocesseur.
À partir des années 2000, Bull se spécialise davantage dans le calcul haute performance en développant des supercalculateurs utilisés pour la recherche scientifique, la simulation industrielle, la météo ou encore certains besoins liés à la défense. Ces machines permettent d’effectuer des quantités gigantesques de calculs en un temps record.
En 2014, Bull est racheté par Atos afin de renforcer ses activités dans le calcul intensif et les infrastructures numériques. Au fil des réorganisations du groupe, le nom Bull devient moins visible, même s’il reste associé aux supercalculateurs français. Il réapparaît officiellement en 2026, lorsqu’Atos relance Bull comme marque dédiée au calcul avancé, à l’intelligence artificielle et au quantique. Quelques semaines plus tard, l’État français finalise l’acquisition de Bull auprès d’Atos Group, pour une valeur d’entreprise pouvant aller jusqu’à 404 millions d’euros. L’objectif affiché est de préserver des compétences jugées stratégiques dans le calcul haute performance, l’IA, le quantique, l’industrie, la recherche et la défense. L’objectif affiché est de préserver des compétences et des capacités de calcul considérées comme sensibles pour la recherche, l’industrie et la souveraineté technologique.
Des cartes perforées aux supercalculateurs modernes, Bull traverse ainsi toute l’histoire de l’informatique française. Peu d’entreprises symbolisent autant les ambitions, les réussites mais aussi les difficultés de la France à conserver une place dans une industrie dominée depuis des décennies par les grands groupes américains.

